Quand le grand jour viendra

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Quand le grand jour viendra...

Tu arrives sur l’avenue du château et là tu es arrêté par Roger. Tu gares ta voiture et tu la regardes. Vieille et poussive, elle t’a baladée depuis 5 ans. Et là, tu l’abandonnes définitivement. C’est la première mort que tu affrontes.

Tu arrives à la ferme, il y a une queue de près de 50 personnes, car les identifications sont minutieuses. Enfin tu entres et tu vas voir le planning de travail tout de suite. C’est pas tellement pour voir ce que tu dois faire mais parce que tu sais que tu vas rencontrer là l’AP.

VA : C’est quoi l’AP ?

DI : C’est l’Activateur Principal, Fabien, le chef de la ferme en quelque sorte. Il vient d’être élus depuis un mois, alors il est un peu tendu, même si toutes les procédures ont été répétées des dizaines de fois et que tous le monde sait ce qu’il doit faire.

Justement toi, c’est la préparation du repas pour les gens de l’extérieur. Et tu as du boulot. Mais tu veux savoir où est ton fils. Tu te fais vertement rabrouer parce que ton fils, ça fait longtemps qu’il n’a plus 10 ans. Tu ne demandes mêmes pas pour ton copain, un de perdu…

Alors tu marches vers l’atelier des pluches, car tu as une montagne de pommes de terre à peler.

Tu fais la bise aux cinq personnes déjà au travail. Tu les connais bien. Ça fait au moins 3 ans que tu fais les pluches avec elles un samedi sur deux. Normalement, elles sont très marrantes, mais là, l’atmosphère est un peu tendue. Tout le monde n’est pas rentré et l’anxiété commence à percer. Jeanine, qui à l’oreille de la mairie, à défaut de celle de l’AP, pense que les choses suivent leur cours normalement et qu’il n’y a pas lieu de s’inquiéter.

Sur ce, Patricia arrive le visage défait. Il lui manque 3 enfants. C’est l’institutrice chef de l’école et les enfants ont l’absolue priorité dans la ferme. Et en plus, elle ne sait même pas si des gens sont partis les récupérer. Toutes les procédures de sécurité sont secrètes et les tâches sont connues uniquement par ceux qui sont en charge. Tu sors ton téléphone et tu essaies d’appeler ton fils, mais tu peux le jeter à la poubelle, le téléphone évidemment, pas ton fils. Alors tu te jettes sur ces pauvres patates. La chef de la cuisine vient récupérer 2 filles car aujourd’hui c’est un gros repas. Près de 500 personnes et certains qui doivent pique-niquer. Ils sont en poste sécurité loin autour de la ferme.

À la cuisine principale, tu dois allumer un feu pour chauffer le four à pain. Mais avant, tu dois fendre les bûches en petit morceau. Normalement ce travail est accompli par un garçon, mais ils sont tous affectés. Tu attrapes vaillamment la hachette un peu lourde pour toi et tu commences à débiter le bois. En fait, c’est vite fait, il ne faut que 5 ou 6 grosses bûches pour chauffer à la fois le four et la grosse plaque du fourneau. Ce chauffage est une petite merveille avec un rendement proche de 95%, il permet de faire monter le four à près de 200°, et il faut faire attention après la chauffe à ne pas brûler les pains avant qu’ils ne soient cuits.

C’est Alice qui a préparé les pains à cuire ainsi que des petites tartes aux figues pour les gamins et les gourmands. Alice s’est fait aider par sa fille, belle comme un cœur à 15 ans, pour cueillir les figues. Elle est trempée car cela fait plus de 15 jours qu’il pleut sans discontinuer et qu’il fait vraiment froid. La chaleur du feu leur fait un bien fou et elle ronronne de plaisir.

Enfin, Arlette vient annoncer que les 3 gamins attendu par Patricia sont arrivés. Et tout à coup, tous rient à gorge déployée Et Patricia qui déboule en pleurant toutes les larmes de son corps tellement la tension était forte. D’ailleurs, on se rend bien compte que c’est de la joie qui explose après l’anxiété incroyable qu’elle a subie.

Ce qui ressemblait à un paillé est miraculeusement devenu une grande salle de 30 m sur 12 après avoir enlevé les bottes judicieusement placées à l’intérieur, En raison du fait qu’il est strictement interdit de construire sans autorisation et que l’autorisation était impossible à obtenir. Mais cette civilisation est morte. Maintenant, une autre gouvernance se met en route qui est proche des gens. Et c’est tout simple. Les seules décisions à prendre concernent la ferme ou un sujet particulier. Et les 430 adultes de la ferme votent à chaque fois.

Pour ce soir, les tensions s’apaisent un peu, car le déferlement de sauvages affamés n’a pas eu lieu. Mais chacun sait bien que les jours qui viennent vont être plus risqués.

Une centaine de personnes sont venues à la ferme pour demander à l’intégrer. Elles ont été interceptées par les gardes et rassemblées en une longue file à prés d’un kilomètre de l’entrée de la ferme. Nous allons leur donner à manger ce que tu as préparé Vanessa. Une purée de pomme de terre accompagnée d’un morceau, pas gros, de poulet et des figues en dessert.

Les gamins jouent dans la grande salle pendant que des jeunes filles préparent leurs lits sur une plate-forme surélevée. Un feu à été allumé dans cette grande salle et la température est rapidement montée autour de 20°. La fille de Patricia, pour calmer un peu les gamins surexcités leur propose de jouer un morceau au violoncelle. Il faut rapidement allez les coucher, car ils s’endorment sur place. Ce n’est pas à cause du violoncelle, il faut rassurer Margaux.

Certains gardes en poste de sécurité au loin de la ferme commencent à arriver. Ils commencent par boire un grand verre d’eau fraîche et à se laver succinctement. Ils ont une faim de loups et ils sont crevés, autant par la mise en place des sécurités que par la tension. C’est toi Vanessa qui va leur donner à manger avec Lucie. Ils ne parlent pas, eux d’habitude si bruyants. Leurs traits sont tirés et autour d’eux, c’est un silence taché par le bruit de la mastication et des couverts qui s’entre-choc.

C’est Cléa et Victoire qui apportent les plats et remplissent leurs assiettes. Ils continuent à arriver et sont maintenant une vingtaine autour de la table. Grâce à son sourire et à ses plaisanteries bien coquines, Cléa réussi à dérider tout un groupe. L’atmosphère se détend un peu. L’AP arrive pour prendre des nouvelles de ses équipes de sécurité. Il est tendu, inquiet, stressé et c’est André qui par un bon mot le libère de toutes ses tensions. Il le fait s’asseoir près de lui et Victoire se précipite avec une bouteille de vin pour le servir généreusement. Et elle continue avec toute la tablée. Futée, elle a bien compris qu’un peu de vin leur permettra de dormir sur leurs deux oreilles et qu’ils ont besoin de ce repos pour reprendre demain leurs activités. Mais les bouteilles commencent à défiler. L’infirmière de garde arrive pour manger un morceau. Aujourd’hui, elle n’a fait que déballer des cartons et ranger les outils et les médicaments qui ont été préparés par une ferme du sud de la France. Ce sont des copies des médicaments existant car, à partie de maintenant, il faudra que les fermes spécialisées produisent les médicaments pour tous les habitants des fermes. L’infirmière à juste eu à soigner un petit bobo au genou d’un garçon qui croyait pouvoir attraper une poule en courant. Demain risque d’être un peu différent et tous le monde le sait.

Les affamés arrivent par groupes successifs et les hommes montent se coucher dans le grenier maintenant bien chauffé.

La nuit a été calme et tous ont bien dormi, serrés comme des sardines mais au chaud. Pendant un mois, tous les adhérents de la ferme vont y coucher pour des raisons de sécurité évidentes.

La journée suivante permet d’organiser un peu les mille personnes qui attendent de la nourriture de la ferme. Il ne sert à rien de leur expliquer que dans la vie, il faut savoir choisir sa route et réfléchir.

Les fermes, autant pour avoir la paix que par humanité, avait prévu un afflux de personnes, mais ils sont surpris par leur nombre. Donc, la ferme exige maintenant, pour nourrir chichement ces gens, qu’ils participent un peu à la recherche de nourriture et à la préparation de leur vie future. Des implantations de fermes avaient été étudiées par la ferme il y a longtemps et c’est Dominique qui se charge de conduire ce troupeau de gens perdu sur les terrains. Sur ces terrains, en bordure de forêt, des figuiers avaient été planté et de nombreux fruits peuvent être ramassés. Il est difficile de leur faire comprendre qu’il faut les mettre dans un panier plutôt que de les manger directement. Alors ceux qui sont récalcitrants sont envoyé dans la forêt pour trouver des châtaignes. C’est moins facile à manger crues.

Il faut bien comprendre que les fermes n’ont pas que des amis dans ce groupe informe de gens de tous ages et de toutes conditions. Nous essayons d’extraire les enfants de ce destin qu’ils n’ont pas choisi, mais nous ne pouvons le faire sans intégrer leurs parents et c’est là que les problèmes commencent.

Il nous faut être attentif à tous les prosélytes patentés qui, avec beaucoup de talents, vous construisent une secte en moins de deux. Il nous faut aussi écarter tous ceux qui ont, souvent par des actes assez ignobles, essayé d’empêcher ou même de détruire notre travail. Leur rancœur est tenace, mais bien compréhensible, parce qu’il ne fallait pas beaucoup d’intelligence pour se rendre compte que les jeux d’équilibriste de l’économie et surtout de la finance ne pouvaient durer tout le temps. Eux ne voyaient rien, ne comprenaient rien, mais étaient très efficaces dans leur méchanceté.

VA : là, tu as de la rancœur. C’est pas bien.

DI : C’est ce qui me rend attentif à toutes les dérives. Nous ne sommes pas une secte. Nous sommes des gens tranquilles qui voulons vivre. Nous ne cherchons qu’à nous assurer de pouvoir donner sur le long terme tout ce qui est nécessaire à une vie harmonieuse aux adhérents de la ferme.

C’est pour cela que les gens extérieurs, ceux qui n’ont rien prévu pour le futur, se retrouvent en grande difficulté.

Ils ne voient pas comment ils vont pouvoir vivre et apprendre. C'est est un long processus de plusieurs mois sinon plusieurs années.

C’est ce que les adhérents de la ferme ont appris en quatre ans.

VA : si tu pouvais nous parler maintenant de la vie un peu plus tard après le départ de la nouvelle civilisation. Et n’insiste pas trop sur les difficultés, je sais qu’ils y en aura. Merci.

DI : Très bien, alors disons le 10 mars 2026. Tu te lèves vers 7 heures le matin. C’est un peu tôt pour toi par rapport à ton ancienne vie. Mais maintenant, on vit comme les poules.

VA : Tu vois, tu commences par me dire des choses désagréables.

DI : Mais non, c’est très agréable, sinon les poules aussi feraient la grasse matinée. Vers 8 heures tu attends le passage de Pomponne, la percheronne, qui tire sa grosse charrette pour amener tous le monde à la ferme. La charrette est presque pleine. Il reste à prendre Patricia et ses filles en remontant, péniblement, la rue qui mène à la ferme. Ces filles vont continuer vers leur lycée ou la faculté.

Patricia est attendue par toute une ribambelle de gamins joyeux.

L’école a un peu changé. C’est sûr, les enfants apprennent toujours à lire, à écrire et à compter, mais à leur rythme. Ils apprennent surtout la vie dans la nature. Ils participent à beaucoup des travaux qui se réalisent dans la ferme et en dehors, même depuis l’age de trois ans. Les enfants peuvent être pris en charge dès leur naissance et Patricia ainsi que Céline sont secondées par des jeunes qui préfèrent s’occuper des enfants plutôt que de poursuivre des études. De toute façon, maintenant, les études, c’est toute la vie.

Il n’y a plus cette différence qui était devenue pénible dans l’ancienne civilisation entre les gens qui savent, qui ont appris mais qui raconte beaucoup de bêtises et ceux qui intègrent tout de suite la vie active. Il n’y a plus de métiers nobles et d’autre moins nobles. Le cordonnier est très utile quand l’ingénieur ou le médecin a besoin d’une paire de chaussures. Et le médecin soigne le cordonnier quand celui-ci est patraque. L’appréciation des humains se construit plutôt sur des critères d’altruisme, d’humanité, de bons sens, de sens pratique.

Ce matin, tu suis une formation pour gérer les graines et les plants. C’est un très gros travail. Même si un effort considérable avait été fait au début de la création des fermes, nous avons toujours des graines qui ont été artificiellement génétiquement modifiées. Et pour s’en apercevoir, il faut les planter. Une butte entière est consacrée à ce travail et c’est autant de surface qui n’est pas réellement productive. Nous seront la ferme référente pour les 43 fermes du domaine. Tu devras aussi veiller à ce que les graines soient correctement produites, stockées, référencées avec toutes les données de leur production chaque année. Tu seras en contact avec les fermes référentes dans cette technique des autres domaines. Parfois, il faut renouveler la génétique des graines en les mariant avec des graines qui ont une autre histoire.

La ferme commence à atteindre son rythme de croisière. Une fois par semaine, il y a un spectacle ou un concert dans la grande salle. Des adhérents des fermes voisines nous rendent visites à cette occasion. Cela donne lieu à des rencontres qui peuvent se terminer tard dans la nuit. Mais là, chut, cela ne nous regarde pas ! C’est même à une occasion pareille que notre percheronne a rencontré un percheron qui a eu bien du mal à la séduire mais qui a réussi et le ventre de Pomponne porte un fruit que nous espérons vigoureux.

Nous aidons les fermes des extérieurs à se construire mais malheureusement, cela ne peut se faire en claquant des doigts. C’est un long processus et à part les fruits des arbres que nous avons plantés, il n’apporte que des châtaignes, des champignons et un peu de chasse. Remuer la terre est difficile et Dominique les encourage avec vigueur, car bien sûr, nous ne pourrons éternellement les nourrir les soigner sans mettre en péril nos propres adhérents. Beaucoup n’ont pas supporté leur précarité et un certain nombre ont supposé qu’ailleurs l’herbe était plus verte.

Nous avons créé un groupe de planification qui va travailler sur l’évolution du climat. Maintenant qu’il n’y a plus de finance ni d’économie au sens où nous la connaissions dans la précédente civilisation, seul le climat est un obstacle à la vie de la nature et des humains. Le problème est de prévoir les réponses aux évolutions prévisibles. Il nous faut planter et faire grandir des milliers d’arbres. Ce travail est planifié par le domaine mais c’est à certaines fermes de préparer les plants et notre ferme a été choisie pour ce travail. Nous avons créé une zone d’un hectare pris sur un champ de culture intensive dont la terre n’est plus qu’un support mécanique. Nous avons apporté un peu d’humus pris directement dans la forêt. C’est pompone, notre percheronne, qui nous aide à transporter des tombereaux d’humus et de feuille mortes et à le répandre sur cette terre inculte.

Pour prendre quelque chose dans la forêt il faut vraiment montrer patte blanche car à part les enfants, la forêt est notre bien le plus précieux. C’est elle qui nous fournie toute l’énergie dont nous avons besoin et couper un arbre est devenu un crime, sauf si c’est à la demande ou avec l’accord de la commission des forêts.

Le printemps va être là bientôt. Et avec lui la profusion de nourriture et donc un gros travail pour tous ceux qui peuvent travailler. Je trouve, moi, que je passe de plus en plus de temps à discuter avec mes copains André, Dominique et Ammar. Avant cela me rendait triste de voir les autres travailler. Maintenant, il faut bien admettre que les forces, l’équilibre ne sont plus là.